La nourriture et moi, un combat

Petite, j’étais putôt filiforme. J’avais beau manger, je ne prenais pas un gramme. Et puis la puberté est arrivé. Voyage en Allemagne, voyage en Irlande, (re)voyage en Allemagne… La puberté n’était déjà pas facile, mon corps devait s’adapter à mon changement de rythme de vie sans arrêt. J’avais 13 ou 14 ans, et j’ai pris une dizaine de kilos en 1 an, petit à petit, sans m’en rendre compte. Les seins avec, j’ai rapidement été jusqu’au bonnet F. Médicalement tout était normal, pas de surpoids. Mais visiblement, socialement il y avait un problème. C’est surtout ma mère, qui me répétais sans cesse que j’avais pris du poids. Je ne crois pas avoir été traité de « grosse » par qui que ce soit d’autre que des gens de ma famille, finalement. A force de l’entendre, j’ai fini par le croire. Difficile d’assumer son corps de cette manière, les pulls amples sont devenus mes meilleurs amis, pour cacher mes fesses et mes seins par la même occasion.

C’est à ce moment là que j’ai voulu réguler mon poids. Pas de régime, mais presque : je mangeais peu, et surtout je ne mangeais que des légumes/fruits le soir. Je m’interdisais le fromage, le sucre, les laitages… Mes parents n’étaient absolument pas contre, c’est même plutôt eux qui m’incitait à le faire. Ca fonctionnait moyen. Et ca me déprimait. C’est à ce moment là que j’ai commencé à avoir des problèmes avec la nourriture.

Déçue de ne pas perdre de poids, par désespoir, je me disais « autant que je mange, de toute façon je ne maigris pas ». J’ai commencé à acheter des gâteaux, des bonbons en cachette. Je m’empiffrais dès que ca n’allait pas. Comme des crises. Parfois je n’avais plus faim, mais je m’obligeais à manger le soir pour que mes parents ne soient au courant de rien. Je culpabilisais, alors j’arrêtais de manger pendant quelques jours, puis je recommençais, désespérée. Je ne me faisais pas vomir, mais je m’empiffrais jusqu’à n’en plus pouvoir. Mon poids était complètement instable.

Aujourd’hui, j’ai pris conscience que c’était un vrai problème, quelque chose de sérieux, mais je n’ai encore jamais eu le courage de l’annoncer à qui que ce soit. Pas mon copain, pas ma mère, pas ma soeur, pas même une amie. Je me sens honteuse, j’ai un peu de mal à y croire et à comprendre comment j’ai pu en arriver là et j’ai sûrement encore l’impression de pouvoir régler ça moi-même. Te l’annoncer, à toi, c’est déjà une première étape. J’aimerais dire que je n’ai plus de problème, mais ce serait faux. L’année dernière, j’ai réussi à me réguler pendant 6 mois environ, et je suis finalement retombée dans le cercle vicieux. Il y a des hauts, des bas… Aujourd’hui, on est plutôt en bas. Mon poids est toujours aussi instable.

Mais je ne perds pas espoir. Maintenant que j’ai compris que c’était un problème, je sais qu’il va me falloir un petit temps pour l’accepter, pour en parler éventuellement. Et surtout, pour le régler. J’ai compris aussi que je n’étais pas véritablement grosse. Je ne cherche plus à maigrir, mais plutôt à accepter mon corps comme il est et surtout en prendre le plus grand soin. Je sais que j’en suis capable, mais je sais aussi que c’est difficile. Et ce soir, j’avais besoin d’en parler avec toi. J’avais besoin de mettre tout ca à plat.

Si on est si nombreuses aujourd’hui à avoir ces problèmes d’alimentation, c’est qu’ils sont souvent liés à notre rapport au corps. Aujourd’hui, je ne suis toujours pas capable de prendre soin de mon corps comme il le mérite. Mais je suis décidée à ce que ça change. Je te laisse ce témoignage, un petit pas de plus vers une alimentation saine. Et je t’invite à la partager avec toutes les jeunes personnes qui t’entourent. Parce que non, quand on a un problème alimentaire, ça ne se voit pas. Pas toujours.

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16 réflexions sur “La nourriture et moi, un combat

  1. 1parenthese2vies dit :

    J’ai un soucis avec la nourriture en ce moment qui plus ça va, plus il prend de place dans ma tête. Je ne mange pas trop (quoi que) mais… vas brûler les calories que tu prends en mangeant ces irrésistibles cookies quand t’es en fauteuil ! Sérieux, le jogging que, valide, je détestais, se met aujourd’hui à me manquer !

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  2. Shunn dit :

    Il n’y a absolument pas à en avoir honte. Tu es loin d’être la seule à être passée par là. Tu es sur la bonne voie, reprends confiance en toi et ne laisse pas les remarques entendues lors de ton adolescence te faire douter de toi. 🙂

    Les bonnes habitudes alimentaires ce n’est jamais facile à adopter, mais je suis sûre que tout va bien se passer. Bon courage !!

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  3. elisamarnet dit :

    Bravo pour ce témoignage je sais à quel point c’est dur. je suis exactement dans le même cas que toi et c’est dur, dur…surtout après mon premier accouchement qui a renforcé le problème (pendant la grossesse en revanche ça allait nickel). je n’arrive pas à en parler avec ma famille j’ai trop honte 😦

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  4. anaverbaniablog dit :

    Merci pour ce témoignage. En effet, nous sommes nombreuses (et mêmes nombreux) à avoir un rapport compliqué avec la nourriture. Je pense que le fait d’en parler est une première étape, essentielle. C’est en en parlant que l’on arrivera à s’en sortir, et aussi à éviter à d’autres de tomber dans le piège, car finalement ce qui compte beaucoup avec les TCA, c’est d’agir vite. Et cela commence par prendre conscience du fait qu’il y a un problème. Dans notre société où le culte de la minceur et le régime sont omniprésents, c’est compliqué… La preuve, tu l’écris toi-même, tes proches trouvaient normal que tu ne manges que des fruits et légumes le soir… :-/

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  5. mamscook dit :

    Pas facile cette prise de conscience, et pas facile d’avancer… J’ai été de l’autre côté, celui de la maman qui a vu la nourriture devenir un moyen de torturer un corps, une âme… Alors je ne peux que t’encourager, on peut s’en sortir pour cela apprendre à s’aimer comme on est pour ce que l’on est…

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  6. teatimedelicatessen dit :

    Bravo pour ton témoignage. Mon rapport à la nourriture est sensiblement similaire au tien et mon poids, mon corps, mon image sont des sujets qui continuent (malgré mes 41 ans ) à occuper une grande place dans ma vie. J’ai d’ailleurs témoigner sur le blog Toutes Belles (http://www.toutes-belles.fr/2017/07/virginie-41-ans.html) de mon rapport à mon corps. Je te t’embrasse et te souhaite bon courage pour trouver le bon équilibre. Virginie

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